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Vendredi 12 Mars |
Edito de Novembre 2004 Naître ou ne pas naître ou Edito futuro-catastropho-radariste ![]() La pièce était plongée dans une demi-obscurité, lampes éteintes. Seuls les stores vénitiens qui zébraient le jour naissant diffusaient une clarté pâle. Au dehors, le monde commençait très lentement à vaquer. La rumeur de la ville était encore faible, comme lointaine. Les rues silencieuses s’éveillaient péniblement. Plus loin, plus haut, les premières lueurs de l’astre détachaient du ciel sombre les crêtes des hauts massifs. C’est ainsi que j’ai commencé ma vie. Enfin, c’est plutôt comme cela que mon père a dû vivre mes premiers instants. Je suis né en pleine nuit. C’est souvent le cas avec un premier enfant. On ne sait pourquoi, le nouveau-né doit trouver amusant de compliquer la vie de ses parents qu’il devine déjà complètement perdus. Une sorte de mélange prometteur mêlé d’humour et d’effet de surprise. Ensuite, j’ai fait comme tout le monde, j’ai grandi. D’abord comme un sage bambin, puis comme un gentil garçonnet, ensuite comme un pré ado turbulent, puis comme un adolescent névrosé, enfin comme un jeune adulte carnassier. Par la suite, toujours comme les autres, j’ai arrêté de grandir pour commencer à vieillir. Vie étrange d’ici bas !... J’aimais énormément ma mère qui aimait beaucoup mon père qui aimait bien la montagne qui elle, n’aime personne. C’est peut-être pour ça que, malgré les multiples tentatives de mon paternel - chaque fois un peu plus consterné par son rejeton - je n’ai jamais accepté de rester plus de dix minutes sur des planches de ski. Non, mon truc à moi, c’était l’étude, l’école, les livres, la culture, toutes ces choses de l’esprit. Activités d’autant plus incongrues que mon héritage génétique devait normalement me prédestiner à des exercices plus sportifs. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours entendu mon père se vanter de n’avoir jamais fait un seul devoir d’écolier ou d’étudiant. Entré dans la vie active, il n’accepta pas plus, même sous la menace la plus pressante, de faire une fraction de minute en plus que l’horaire inscrit à son contrat de travail. Il faut dire qu’il a souvent changé de boulot, le pater, avant de comprendre enfin que sa place était dans la fonction publique. C’est un peu ce qui fit son bonheur. Non seulement plus personne ne lui demandait d’en rajouter, mais par-dessus le marché, il avait deux fois plus de temps libre. Vous l’aurez compris, il consacra ce supplément de temps à aller rider ses montagnes chéries. Au début, son changement de statut nous rapprocha. La raison en était que, fort brillant dans mes études, je me retrouvais un beau matin de juin, major de promotion de l’ENA. Ma carrière au service de la République était alors toute tracée. Je tétais, moi aussi, au sein de la Grande Maison France. Malheureusement, la fierté paternelle s’estompa assez vite, à peu près au même rythme de mon ascension dans les hautes sphères de l’Etat. Le 8 octobre 2044, le jour anniversaire de mes 40 ans, je fus nommé Ministre de l’intérieur. Un des dossiers brûlants de l’époque portait sur l’insécurité qui régnait sur les pistes de ski. Il y avait de plus en plus de plaintes contre les chauffards des neiges. Un beau matin, un jeune héros frais émoulu de la Star Academy (124ème édition) se fit frôler sur les pentes de Courchevel par un rider du cru qui descendait à Mach 2. La star académique en eut des coliques pendant une bonne semaine, privant les populations des trémolos de son bel organe. Le pays était quasiment à feu et à sang. Il fallait prendre des mesures drastiques. C’est ce que je fis. Tout cela est bien loin maintenant. Les foudres paternelles, jamais éteintes, sont allées casser les oreilles des anges au paradis. Il ne m’a jamais pardonné, ce que je conçois un peu. En revanche, ce qui continue de m’étonner, c’est que je fais souvent ce même rêve étrange : Je viens de naître ; je suis dans les bras de mon père ; la pièce est sombre ; il fait encore un peu nuit. Mon père me regarde intensément. Ces yeux brillent comme ceux d’un voyant extralucide devant sa boule de cristal. Il semble lire en moi comme dans un livre (le livre de ma vie ?) Imperceptiblement son visage se ferme, puis son expression se mue en un masque dur et glacé. Soudain, d’un pas résolu il s’approche des fenêtres, remonte les stores, ouvre les deux battants en grand et… c’est toujours à ce moment là que je me réveille. Je n’ai jamais pu comprendre la signification de ce rêve. Ma femme a beau me dire dans un rictus nerveux que j’ai fait trop d’études, que j’aurais mieux fait de m’aérer un peu l’esprit, ce qui, pour reprendre son expression m'aurait un peu décollé la pulpe du fond, je continue, aujourd'hui encore, de m'interroger. Bien qu’il ne fut jamais l’esthète que j’aurais désiré avoir pour père, je l’aimais tout de même bien, moi, mon papa Pierrot. NDLR : A tous ceux pour qui cet édito paraîtra abscons, je tiens à dire qu’il fut inspiré par un heureux événement survenu le 8 octobre dernier : la naissance du premier fils de notre Webmaster vénéré. J’ai voulu rappeler par cette fiction (qui je l’espère n’aura pas de caractère prémonitoire) combien la face angélique d’un nouveau-né peut faire oublier la possibilité d’un destin surprenant. C’est un peu ce qu’ont dû penser les mamans respectives des sieurs Dr Petiot, Jack L’éventreur, Bin Laden ou encore Jean-Claude, lauréat de l’émission A la recherche de la poubelle star. Comme je sais que la maman du rejeton sus-cité lira un jour ce texte, je tiens à rappeler que d’autres ont eu plus de chance en enfantant L. Pasteur, A. Rimbaud, W. A. Mozart ou encore un certain Romain, gros lot de l’émission Qui veut gagner des bambins ?. 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