Lundi 6 Février St Gaston A la St Gaston, pour draguer les rideuses, cache ton fiston
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Confessions d'un marchand de virages
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Cher rider,
Habituellement, à cette époque de l'année, on essaie de se décarcasser pour te faire passer l'été au frais.
Cette fois nous faisons le pari du contraire : On va te faire monter en pression, te coller à ta chaise, te faire péter la carafe.
Nous publions, chaque jour ouvré et en exclusivité mondiale, un épisode original de "Confessions d'un marchand de virages", un brûlot burlesque et vitriolé signé Fred le Rouge, un moniteur quelque peu désabusé.
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On te prévient d'ores et déjà qu'il faudra écarter les enfants et les personnes sensibles de l'écran.
Alors, ne manque Fred sous aucun prétexte, même si ta belle-mère débarque chez toi pour un mois de vacances !
Marchand de virages :
A – Sens malpropre
Mammifère domestique au pelage rouge et à la tête de panda. Ses membres inférieurs se terminent par de longues palmes effilées qui lui permettent d'évoluer facilement sur la neige. Meilleur ami et ultime conquête de l'homo-hivernalis-tourismus qu'il assiste et précède servilement dans tous ses déplacements. Appartenant à une espèce grégaire à la sexualité enthousiaste, il est aussi étonnamment affectueux avec la gente féminine du genre humain. Très docile, il se charge instinctivement des enfants comme des petits tracas quotidiens des plus grands. En liberté on le rencontre uniquement sur les reliefs, au-dessus d'une altitude minimum de 1200m, où il se réveille à l'entrée de l'hiver après une estivation de six à huit mois. Son appétence pour l'alcool et les substances illicites est notoire.
B – Sens défiguré
Psychopathe habité de pulsions monomaniaques et contradictoires : se vêt uniquement de rouge mais affiche sa prédilection pour le blanc limé de Savoie ; vit dans la détestation permanente du « monde d'en bas » mais n'hésite pas à s'avilir au contact de ses populations ; pur misanthrope et nihiliste mais avide et dépendant des contacts humains rapprochés.
C – Sans issue
Moniteur de ski.
Clin d'oeil respectueux et admiratif à Régis Jauffret.
ExsanguinationParu le Jeudi 9 Août 2007
Je suis matérialiste. Pas dans le sens actuel connoté de consumérisme. Dans le sens où je crois à la matérialité de toute chose. Matérialiste et athée. Dans mon monde ni Dieu ni ses églises n'ont de place. Ce qui n'exclu pas l'âme. Matérielle comme le reste. La mienne est un poids mort. Je la sens peser sur mon coeur qui lui, pèse sur mon ventre. Mon ventre sur mes couilles. Etc. Jusqu'à mes pieds qui pèsent sur le sol granitique de mon alpe. Je ne voudrais pas mourir autrement qu'à l'aube d'un matin clair, étendu sur une verte pente. A l'adret. Au printemps revenu. Les jours passants mon cadavre putride nourrirait les grands oiseaux noirs. Et peu à peu, ma charogne desséchée accoucherait de ce pavé sombre et tranchant comme un silex.
- D'où jaillissent des poussières de lumière quand on les entrechoque.
Mais la mienne est stérile. Elle n'a jamais contenu que le noir néant du cosmos. Je suis passé à côté de tout sans m'intéresser à rien. Sans vraiment aimer. Ni homme ni bête. Je n'ai rien construit. Je me suis contenté de vivre mon quotidien, d'abreuver ma léthargie mentale d'alcool. Jusqu'à la noyade. Pourtant, je crois pouvoir dire que je suis heureux.
A ma manière. Je me sens libre. Autonome. Indéterminé. Sans en avoir la certitude j'ai la sensation qu'aucune autre vie n'aurait pu alléger cette masse qui enfle au fond de ma poitrine. Qui certains soirs appuie sur mes côtes jusqu'à la douleur. Jusqu‘à l'étouffement. Ces soirs-là, je me fais transporter sur un sommet de piste par les agents d'entretien. Je continue un peu l'ascension à pieds, skis sur l'épaule, pour me retrouver sur un surplomb. Toujours le même. Face au soleil incandescent de la fin du jour. Sa sève rouge transfuse mes veines par tous les pores de ma peau. Puis avant que les voiles noirs de la nuit ne recouvrent par vagues successives les plus hautes pentes, je m'élance. Je traîne derrière moi une ombre immense aux membres extravagants. Peau morte, mue désincarné asséchée par exsanguination. Je crois que l'ombre est le reflet sombre et secret de l'âme. C'est aussi son bras armé que l'on doit toujours feindre d'ignorer. Sinon il profite de l'obscurité pour vous étreindre et vous perdre dans la nuit.
Pour l'heure il est inoffensif. Les derniers rayons de l'astre me protègent. Je glisse dans un bain de lumière chaude. Bientôt. Après un dernier arrêt. Juste à la frontière des ombres. Comme on appelle à soi les vagues de la marée montante.
- Je me laisserai lentement submerger par l'obscurité.
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