Vendredi 18 Mai St Eric A la St Eric, qui pue le pâté se retrouve seul dans le téléphérique.
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Confessions d'un marchand de virages
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Cher rider,
Habituellement, à cette époque de l'année, on essaie de se décarcasser pour te faire passer l'été au frais.
Cette fois nous faisons le pari du contraire : On va te faire monter en pression, te coller à ta chaise, te faire péter la carafe.
Nous publions, chaque jour ouvré et en exclusivité mondiale, un épisode original de "Confessions d'un marchand de virages", un brûlot burlesque et vitriolé signé Fred le Rouge, un moniteur quelque peu désabusé.
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On te prévient d'ores et déjà qu'il faudra écarter les enfants et les personnes sensibles de l'écran.
Alors, ne manque Fred sous aucun prétexte, même si ta belle-mère débarque chez toi pour un mois de vacances !
Marchand de virages :
A – Sens malpropre
Mammifère domestique au pelage rouge et à la tête de panda. Ses membres inférieurs se terminent par de longues palmes effilées qui lui permettent d'évoluer facilement sur la neige. Meilleur ami et ultime conquête de l'homo-hivernalis-tourismus qu'il assiste et précède servilement dans tous ses déplacements. Appartenant à une espèce grégaire à la sexualité enthousiaste, il est aussi étonnamment affectueux avec la gente féminine du genre humain. Très docile, il se charge instinctivement des enfants comme des petits tracas quotidiens des plus grands. En liberté on le rencontre uniquement sur les reliefs, au-dessus d'une altitude minimum de 1200m, où il se réveille à l'entrée de l'hiver après une estivation de six à huit mois. Son appétence pour l'alcool et les substances illicites est notoire.
B – Sens défiguré
Psychopathe habité de pulsions monomaniaques et contradictoires : se vêt uniquement de rouge mais affiche sa prédilection pour le blanc limé de Savoie ; vit dans la détestation permanente du « monde d'en bas » mais n'hésite pas à s'avilir au contact de ses populations ; pur misanthrope et nihiliste mais avide et dépendant des contacts humains rapprochés.
C – Sans issue
Moniteur de ski.
Clin d'oeil respectueux et admiratif à Régis Jauffret.
Feux rougesParu le Vendredi 6 Juillet 2007
Je suis un Robinson échoué sur son île. J'ai toujours vécu dans cette station de ski.
Cernée par une mer d'écume blanche l'hiver, évaporée l'été.
- Et entre les deux, grise et polluée d'ennui.
Je ne rêve jamais. Ni d'ici ni d'ailleurs. Je n'ai aucune envie sinon de demeurer là.
J'exècre par-dessus tout vos cités guet-apens où l'on tue pour quelques billets ou une queue de poisson sur l'avenue. Peuplées de femmes habillées en demi-putes, habitées par la conviction illusoire de tenir les hommes par la queue comme on tient un chien en laisse. Quadrillées de flics qui maquillent leur veuleries avec force d'uniformes, de sirènes et de gyrophares. Déchirées à toute heure du jour par les cris strident des alarmes. De votre vie d'en bas, je n'aime que les autoroutes, la nuit, et les lumignons des péages. Comme des îlots lumineux perdus au milieu d'un océan noir. Parfois, au ventre de la nuit, je descends de mon alpe. Silencieux et preste comme un chat fondant sur sa proie.
- Et je roule à tombeau ouvert sur le large bitume tous feux éteints.
Je chasse les feux rouges des véhicules qui me précèdent. La clarté vibrionnante des feux arrières m'attire comme un aimant la limaille. A quelques mètres de ma cible j'allume plein phares et j'enfonce le klaxon. J'exulte pendant quelques secondes devant les belles arabesques exécutées par l'automobiliste surpris. Je m'y connais en courbes.
Les deux points rouges s'allongent comme des lames d'acier sorties du laminoir. Se fondent. Se tordent. S'entrelacent. Puis tout fini dans un chaos. Mais je suis déjà loin. Le silence un instant déchiré s'est immédiatement recousu. De la belle ouvrage.
- J'éteins mes phares.
Je n'attends pas les premières lueurs de l'aube pour remonter chez moi. Je vous l'ai déjà dit. Le spectacle désolant vos vallées noyées de violence m'est intolérable.
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